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Les foires et marchés hebdomadaires de Bressuire

« Ça ne durera pas aussi longtemps que les foires de Bressuire ». Cette expression locale qui ponctuait les conversations animées des bocains révèlent bien toute l’importance que pouvaient avoir les foires et marchés de notre cité.

Fort anciennes, ces activités sont mentionnées dès le Moyen-âge. Raymond GARAND, sans indiquer sa source, cite les droits d’un seigneur de Bressuire qui fait allusion à un marché : « Item mes halles dudict bressuire ainsy qu’elles se poursuivent et comportent au bout desquelles est le parquet et auditoire où je fais rendre ma justice et au-dessus est le grand poids à peser toutes marchandises… ».

Par ailleurs, en 1346, un champ de foire est attesté à Bressuire dans le cartulaire de l’Absie. Un siècle plus tard, en 1446, Hugues de COUZAY, sénéchal de Jacques de BEAUMONT, seigneur de Bressuire, réglemente dans un arrêté la vente des marchandises : il est formellement interdit de les vendre « en dehors de lieux ordonnez …et acoutumez à vendre et exposer et sur payne de grosse amande ». Il s’agissait d’encadrer la vente au plus près afin de sauvegarder les revenus fiscaux du seigneur et d’éviter les fraudes.

En dehors de ces quelques mentions éparses, l’étude des foires et marchés hebdomadaires de Bressuire au Moyen-âge est une gageure comme toute autre étude économique. Nous manquons de sources pour cette époque.

LE POUMON DE LA CITE

Néanmoins, on peut affirmer que ces activités commerciales ont toujours constituées le poumon de la cité. La fréquentation des foires et marchés de Bressuire assure sa renommée. En 1773, les Affiches du Poitou louent cette vitalité qui s’ancre profondément dans le bocage : « …une foule énorme…se rend à Bressuire pour le commerce des bestiaux, qui est et sera toujours de plus en plus, la vraie richesse du pays ».

Alors que divers témoignages comme ceux du médecin BERTHELOT ou encore du préfet DUPIN au 19ème siècle n’inspirent que des avis négatifs sur le bocage et son agriculture, l’importance de l’eau et des herbages a permis l’extension de l’élevage et a contribué à la prospérité de l’agriculture et à l’enracinement de foires et marchés hebdomadaires à Bressuire.

Le champ de foire occupait la partie Est de la place DUPIN, la moitié touchant au chevet de l’église correspondait au cimetière. En 1801, il est agrandi sur l’emplacement du cimetière, entouré de murs et des ormes sont plantés du côté de l’église. Quelques années plus tard, les habitants de la ville sont tenus de donner ou de faire employer au nivellement du terrain. Au 19ème siècle, l’activité de la foire prend de l’importance et le champ de foire est aménagé. La fontaine, placée au milieu de la place Dupin, est condamnée car gênante, des barres de fers scéllées aux bornes de granit sont installées pour attacher les animaux.

Dès le petit matin, par les routes de Pouzauges, Airvault, Courlay, Moncoutant arrivaient des animaux gras de toute la région. "On reconnaissait les bêtes rouges ou jaunes de la race Maine Anjou, les marrons foncés des génisses normandes, ici et là, la robe blanche de quelques Nivernais mais surtout, la grande race parthenaise, fauve, sabots clairs, nez busqué, longues cornes blanches en forme de lyre, emboutées de noir" [1].

Le jeudi fut choisi comme jour de la foire hebdomadaire. En 1855, elle accueillait place Dupin, jusqu’à 3000 bovins. La foire aux chevaux se tenait place Pouzineau et celui des porcs, rue Jean Jaurès. Les halles devant la mairie abritaient la marché des volailles, du beurre et des œufs.

LA GUERRE DES MARCHÉS [2] AU 20ème SIECLE.

En 1960, bousculant une tradition séculaire, le conseil municipal décidait que le mardi deviendrait le jour de la foire à la place du jeudi tout en conservant un marché sous les halles le jeudi. Voté à 16 voix pour, 2 voix contre et 1 bulletin blanc [3], ce changement était un moyen de relancer la vitalité des foires qui « si elles ne régressent pas, piétinent » selon le Maire de l’époque M. BERNARD.

Changer le jour de la foire hebdomadaire pour un autre plus propice faisait partie d’un plan municipal d’ensemble. Le maire souhaitait un aménagement plus rationnel du champ de foire : dégager les allées, cimenter le sol, faciliter l’embarquement des animaux tout autour de la place.

Le mercredi 12 octobre 1960, la presse se faisait l’écho du bouleversement dans l’histoire économique de la ville en titrant : « Le succès à dépassé les espérances », « un foirail exceptionnel » [4]. Les marchands de bestiaux étaient là, place Dupin, avec leurs gros taureaux, châtrons et génisses… Malgré un communiqué de presse du groupement des expéditeurs de volailles, œufs et gibiers qui s’opposait au changement et qui avait laissé croire que les marchands ne viendraient pas le mardi, le marché se déroula normalement. Les forains s’installèrent également comme d’habitude sur les places Notre-Dame, Barillet, rue René Héry et Anatole France.

À la bourse aux graines du Café du Commerce, les opérations se déroulèrent dans d’excellentes conditions. Tous les courtiers étaient là pour la saison des lotiers, trèfles, luzernes, vesses…

Ainsi l’activité commerciale gardait tout son éclat. Les négociants étaient plutôt favorables au mardi. Pour eux, le jeudi était trop tard dans la semaine et les marchands avaient fait leurs achats pour les expédier vers la capitale sur d’autres marchés de la région ou directement dans les fermes.

Ce tableau comparatif confirme la réussite de ce « coup de dés » et prouve que les ruraux du bocage sans se soucier de la tradition avait le sens du commerce.

Animaux vendus 1959 1960
Porcelets 467 537
Animaux de boucherie 688 816
Veaux 157 269
Animaux d’élevage 55 148
Vaches 57 109
Total 1424 1879

Pour finir de convaincre, le conseil municipal avait renoncé à percevoir la taxe de plaçage sur le champ de foire pendant un mois.

Cependant sous les halles, le double marché du mardi et jeudi fut une période de transitoire car les marchands de beurre œufs, volailles n’adhéraient pas au marché du mardi. Ce jour là, ils préféraient garder leurs habitudes et fréquenter les marchés de Champdeniers et de Coulonges sur l’Autize mais le jeudi ils étaient à Bressuire, n’ayant pas d’autres foires ce jour là dans la région. Faute d’acheteurs le mardi, les fermières se réservaient donc pour le jeudi.

Malgré une délégation de 40 négociants B.O.V [5]. venus appuyer leur demande, la municipalité en 1961 trancha en faveur du mardi unique pour la foire comme pour le marché.

Finalement, la municipalité pouvait être satisfaite de son choix car tous se plièrent à ce nouveau calendrier. La place Notre-Dame fit le plein de forains comme à l’accoutumé. Au foirail, les bovins s’arrachèrent et sous les halles, le marché bien garni était riche d’acheteurs, particuliers comme négociants. Seules quelques ménagères furent déçues de ce marché unique le mardi. Il était pour elle plus difficile de préparer le menu de la table dominicale en poisson et fruits

En 1964, une autre décision viendra bouleverser les habitudes des bressuirais : la décision de transférer le champ de foire près du centre d’abattage construit en 1942, boulevard de la rivière.

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Notes

[1] La vie du rail n°452 - 20 juin 1954

[2] La Nouvelle République, 22 février 1961

[3] Courrier de l’Ouest, 16 mai 1960

[4] Courrier de l’Ouest

[5] Courrier de l’Ouest du 21 janvier 1961