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Le "passé décomposé" des soeurs Cousineau

Le « passé décomposé » des sœurs Cousineau (1793 - 1794)

Madeleine, Emilie, Modeste Cousineau, trois prénoms et un nom qui auraient pu tomber dans l’oubli, dans « la masse confuse des morts », si un événement dramatique, la guerre de Vendée, n’avait pas projeté ces trois orphelines châtillonnaises sur la grande scène de l’Histoire. Elles n’ont pourtant laissé derrière elles que de rares indices, au détour de documents officiels que nous allons tenter de recouper afin de reconstituer une séquence de vie. Leur parcours a été celui de dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, contraints à l’exil dans les années 1793 et 1794, alors que le bocage vendéen sombrait dans la guerre civile. Elles ont été des « réfugiés de la Vendée ».

A la découverte de la famille Cousineau

Lorsque nous avons rencontré les trois sœurs Cousineau pour la première fois, elles étaient sur le chemin de l’exil, inscrites à Marans (Charente-Maritime) sur une liste de réfugiés, en octobre 1795.

Comme tous les conflits, et l’actualité est là pour en témoigner, la guerre de Vendée a été un moment de démesure qui a provoqué la fuite d’une partie de la population civile. Ces exilés ont trouvé refuge dans les territoires contrôlés par les années de la République. Sortis d’une région vouée à la destruction par la Convention depuis l’automne 1793, ils seront toujours regardés comme suspects par les différentes autorités, locales et nationales. Sont-ils de vrais patriotes ? Ont-ils des amitiés blanches ? La réponse à ces questions prend la forme quasi institutionnelle d’un appareil de surveillance et d’encadrement des réfugiés dont une des tâches est de recenser cette marée humaine. Les listes ainsi établies vont aussi servir à l’attribution des secours à cette population qui a souvent tout perdu et ne peut donc que se reposer sur la bienfaisance nationale pour survivre. Au demeurant, le secours aux nécessiteux est un devoir moral affirmé par la nouvelle Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de juin 1793 dans son article XXI : « les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux ». Le réfugié correspond en tout point à l’esprit de ce texte et va ainsi bénéficier d’une aide financière qui lui sera versée régulièrement par les autorités locales. Parmi les centaines de noms que le secrétaire de la commune de Marans a recopiés sur son registre, en vendémiaire an IV (octobre 1795), figure celui de Madeleine Cousineau âgée de 18 ans, suivi de ceux de ses deux sœurs, Emilie 14 ans et Modeste 12 ans. La liste nous apprend également qu’elles sont originaires de Châtillon, filles de marchands et qu’elles sont arrivées dans la commune le ler frimaire an III (21 novembre 1794). Parmi tous les réfugiés des Herbiers, de Mouchamps, de Puybelliard ou encore de Chantonnay qui affluent à Marans, elles sont les seules de la capitale de la Vendée militaire.

Cette liste nous livre peu d’éléments de connaissance concernant les trois sœurs. Néanmoins, comme une gageure, nous avons voulu tenter d’en savoir davantage, sur leur famille, leur origine, leur parcours dans cette guerre civile. En résumé, nous avons eu l’ambition de ressusciter un triple destin.

Les registres paroissiaux de Châtillon ne peuvent témoigner de la naissance des sœurs Cousineau. Ils « ont été incendiés par l’effet de la guerre de Vendée ». La plupart des actes officiels ont ainsi disparu en 1793. Une fois la paix revenue, les habitants ont eu recours à des attestations qui avaient pour but de prouver leur ascendance. Celles-ci étaient dressées devant témoins et certifiées par le notaire ou le juge de paix. C’est par ce biais qu`en 1806, Emilie atteste de sa filiation, lors de son mariage avec Jean Pinet, un boulanger de Marans. On y signale également le décès de Madeleine Busseau, sa mère, en novembre 1790 à Châtillon. L’acte de mariage atteste aussi de la mort de son père, François Cousineau, à Tonnay-Boutonne où il avait trouvé refuge, le 11 mai 1794. Lors de ses noces, Emilie est entourée de deux frères : Mathurin et François. Leur belle signature prouve un bon niveau d`instruction. Un autre document d’état civil vient compléter notre connaissance de la famille. Il s’agit de l’acte de décès de Louise Victoire Cousineau, âgée de 9 ans, le 6 ventôse an IV (25 février 1795), à Airvault dans les Deux-Sèvres. Elle est la fille de François et de Madeleine Busseau, donc la sœur de Madeleine, Emilie et Modeste. Cette petite fille devait être accompagnée de sa belle-mère, Victoire Borde, elle-même réfugiée à Airvault . François Cousineau, veuf depuis 1790, a dû se remarier dès l’année suivante puisque sa seconde épouse donne naissance à une fille, Victoire, en 1792 . Enfin, sur une liste de réfugiés de Saumur, apparaît le nom d’Ambroise Cousineau, âgé de 13 ans, « apprenti-sellier››. Il est le frère de Madeleine, Emilie et Modeste.

Marans, Tonnay-Boutonne, Saumur, Airvault : quatre centres d’accueil des réfugiés des guerres de Vendée où l’on rencontre les membres de la famille Cousineau. Qui sont-ils ? Qu’est-ce qui les a poussés à fuir Châtillon ? Pourquoi des destinations aussi dispersées ? Quel fut leur parcours ?

Les Cousineau de Châtillon

A Châtillon, la famille Cousineau appartient à la bourgeoisie commerçante, jouissant d`une certaine respectabilité. François est dit « marchand››. C’est un acteur de la vie économique de sa ville qui a su profiter de la situation de carrefour de Châtillon, à la croisée de deux voies importantes : Poitiers-Nantes et Angers-La Rochelle. Les liens économiques avec la côte sont ici renforcés par des liens familiaux. En effet, la femme de François est originaire de Marans. Sa sœur, Marie-Amie est mariée avec Jean Bonnenfant également de Marans et on retrouve un Jacques-Alexandre Cousineau, natif de Châtillon, aubergiste à La Rochelle, rue Canton des Trois Fuseaux .

Il est difficile de présenter Châtillon à la veille de la Révolution car la quasi-totalité des archives la concernant ont disparu. Élevée en Duché-pairie en 1736, chef-lieu d’élection, siège d’une subdélégation de l’intendance de Poitiers et d`une abbaye de Génovéfains, la ville abrite un nombre important de fonctionnaires et religieux. L’économie locale repose principalement sur l’activité de la campagne environnante et une partie de sa population tire ses revenus de la terre. L’élevage bovin et ovin a assis la réputation de la région. Les Affiches du Poitou nous apprennent qu’à Châtillon se tenaient sept foires par an et un marché tous les samedis. Il n’y avait pas de manufactures, mais de nombreux tisserands bénéficiaient du travail fourni par les marchands de Cholet.

Nous n’avons pas pu savoir le type de commerce auquel se livrait François Cousineau. Son père, Mathurin était aussi marchand et son beau-père, marchand boucher à Marans. En tout cas, sa situation semble bien assurée au début de la Révolution. En 1791, lors de la vente des biens nationaux de première origine, il se porte acquéreur de deux métairies appartenant à l’abbaye de Châtillon. Le 16 juin, il obtient « ayant fait allumer un quatrième feu, lequel s’étant éteint, sans que personne ait mis aucune enchère », la métairie de la Petite Verdelière à Moulins pour la somme de 9 650 livres . De la même façon, il acquiert celle de La Noue à la Petite-Boissière. L’achat de biens nationaux a donné à François une assise foncière et a accru sa notabilité.

Mais cette prospérité va être rapidement mise à mal. En 1792, le bocage bressuirais s’agite. On clame contre les impôts, les nouvelles communes. Des curés constitutionnels sont victimes de brimades. En juillet, le Directoire des Deux-Sèvres demande aux municipalités de dresser la liste des volontaires pour aller combattre l’ennemi extérieur. Une seconde doit faire apparaître les noms de ceux qui refusent de s’engager. La tension est à son comble. A la date prévue pour les inscriptions, le 19 août, des paysans investissent et saccagent les bureaux de l’administration de Moncoutant puis se portent sur Châtillon, le siège du district, en passant par la Forêt-sur-Sèvre et Cerizay. Châtillon n’offre aucune résistance à ces 6 000 émeutiers menés par un noble, Gabriel Baudry d’Asson. Les bureaux du district sont pillés et on y brûle les archives. Les insurgés se portent ensuite sur Bressuire qu’ils tentent d’enlever. Mais la révolte est alors réprimée dans un bain de sang.

Quelques mois plus tard, l`insurrection générale de mars 1793 laisse le bocage bressuirais en dehors des combats, même si la région est en état de rébellion chronique. Le souvenir de la défaite de Bressuire reste présent dans tous les esprits. Pourtant, dès le 14 mars, le curé constitutionnel de Châtillon, Fazilleau, quitte nuitamment et précipitamment la cité à l’annonce de la prise de Cholet par les insurgés vendéens . On peut supposer que d’autres patriotes ont pris le chemin de l’exil en ce début de printemps, craignant pour leur vie. La famille Cousineau à cette époque est toujours dans la cité, alors que sa position sociale - il a acquis des biens nationaux - peut lui faire courir les plus grands risques.

La région va basculer dans la révolte en avril et rapidement, investie par les « Blancs », Châtillon devient la capitale de la Vendée militaire. Quelle est alors l’attitude de François Cousineau ? Quel fut son engagement politique ? Nous disposons de trois indications, en apparence contradictoires. Le 10 novembre 1791, on trouve parmi d’autres, la signature d’un dénommé Cousineau - sans prénom - au bas d’un document de sept pages adressé à Louis XVI. Il s’agit d’un plaidoyer en faveur du clergé réfractaire, au titre de la liberté de conscience. Cette supplique semble avoir été rédigée « en séance officielle à laquelle assistait la majeure partie des officiers municipaux et du Conseil général de la Commune » . Ce document signifie t-il l’engagement de François Cousineau, s’il s’agit bien de lui, auprès d’Alphonse Perrinet, maire de Châtillon et prêtre qui s’est rétracté après avoir prêté serment de fidélité à la Constitution civile de clergé ? Doit-on en déduire que François est un « Blanc », officier municipal ? Lors de la levée des volontaires de 1791, René Cousineau, 18 ans, est incorporé dans le 1er bataillon des Deux-Sèvres (14). S’agit-il d’un proche parent de François ? Enfin, un Cousineau sans prénom est signalé comme porte drapeau de la garde nationale de Châtillon (15). Là aussi, s’agit-il de François, d’un de ses fils ou d’un autre membre de sa famille ? Ces deux derniers semblent plutôt patriotes.

Il faut abandonner la vision simpliste et manichéenne qui voudrait qu’à cette époque l’on appartienne à un camp ou un autre, « blanc » ou « bleu› ». François Cousineau a pu être, comme d’autres membres de la municipalité, acquis aux idées nouvelles, acquéreur de biens nationaux, et en même temps défendre le curé-maire réfractaire, une figure locale, respectée par de nombreux Châtillonnais. Sa position n’est alors pas si contradictoire et explique qu’il s’est très certainement maintenu à Châtillon malgré la présence du Conseil supérieur des Vendéens.

Quel est donc l’événement qui l’obligea à partir, ainsi que sa famille ? On peut s’appuyer sur un maigre indice chronologique : la signature d’un Cousineau, parmi celles de notables de Châtillon réfugiés à Saumur, le 14 octobre 1793. Ceux-ci se plaignent du grand dénuement dans lequel ils se trouvent et demandent au Conseil général de la commune « un local suffisant où ils puissent se retirer (...) avec le peu d’effets qu’ils ont pu soustraire au pillage qui a été commis chez eux avant l’incendie (...) » . Il s’agit très probablement ici de François Cousineau père. La date du 14 octobre suit l’événement majeur que la Vendée militaire à légué à l’histoire de Châtillon : la prise de la ville par le général Westerman.

La cité se situe au cœur du dispositif de reconquête du territoire insurgé, élaboré au début de l’automne 1793 par les Républicains, et qui fut rendu possible grâce notamment à l’armée de Mayence, désormais à pied d’œuvre en Vendée. Une attaque de Chalbos, à partir de Bressuire, aboutit à la prise de Châtillon et à son incendie le 10 octobre. Reprise dès le lendemain par les « Blancs », la ville fut définitivement acquise à la République le 12, lorsque Westerman y pénétra à la tête de sa cavalerie.

Il est facile d’imaginer la situation des habitants demeurés à l’intérieur de la cité. Nombre d’entre eux ont dû abandonner leurs maisons pour aller se cacher dans les bois et taillis, juste avant la bataille. Pour ceux qui restent, c’est l’enfer. On court dans les rues, au milieu des cris, des pleurs, on se terre pour échapper aux exactions des soldats, mais l’incendie gagne, il faut s’enfuir et tout abandonner derrière soi. Les grands-parents des sœurs Cousineau, Mathurin et Vincende, sont trop âgés... Ils meurent lors de la prise de la ville . Qu’ont fait François et sa nouvelle épouse Victoire dont la dernière née a à peine un an ? Ont-ils eu le temps de mettre à l’abri leurs trois filles aînées ? Eux-mêmes se sont-ils enfuis avant la bataille, sauvant quelques vivres et effets ? Et leurs garçons ? La famille est-elle restée groupée ? Sont-ils partis en convoi avec d’autres Châtillonnais ? Dans quelle direction ? Nous n’avons aucune réponse à donner à toutes ces questions, si ce n’est que le 14 octobre, à Saumur, François Cousineau se trouve sans doute parmi « les citoyens incendies et réfugiés de la ci-devant ville de Châtillon sur Sèvre Bas Poitou » qui attestent du « pillage qui a été commis chez eux avant l’incendie » et demandent à la municipalité et au district de Saumur de leur procurer un toit .

Sur les chemins de l’exil

La maison familiale située dans la paroisse Sainte-Melaine a brûlé. Les Cousineau ne reviendront plus habiter à Châtillon. Sur quels chemins d’exil leurs pas allaient-ils les conduire ? La seule assurance que nous ayons est que les membres de la famille vont se disperser sans jamais se retrouver tous ensemble. Suivre l’itinéraire de chacun relève d’un véritable jeu de piste qui s’appuie principalement sur les listes de réfugiés.

Une partie de la famille est partie de Châtillon en direction de Saumur. De là, François, le père, son épouse et les deux plus jeunes des filles partent vers le sud pour rejoindre Niort en l’an II, puis Saintes. Cette destination n’est pas surprenante puisque la capitale saintongeaise a vu naître Vincende Marot, mère de François. Le 21 pluviôse an III (9 février 1795), le jeune Ambroise Cousineau, reçoit un passeport « pour l’intérieur ». Il était dans un premier temps resté à Saumur, peut-être hébergé chez ses aînés François et Mathurin (19). Puis à son tour, il gagne Niort où il arrive le 20 messidor an Ill (8 juillet 1795) .

Pour tous, la route fut longue, dangereuse. Il a fallu contourner la zone insurgée. A chaque étape, les Cousineau ont dû faire viser leurs passeports, déclarer leur identité afin de recevoir éventuellement des secours et surtout ne pas être considérés comme suspects. Ont-ils pu sauver quelque argent qui leur a permis de se loger dans les auberges ? Sinon ils ont pu dormir dans les granges ou profiter de l’hospitalité des habitants. Mais on se méfie des réfugiés. Leur apparence n’incite pas à la complaisance. Nombre d’entre eux sont malades, « touchés de fièvres putrides, de variole, de flux de dysenterie » , couverts de gale, de poux. Les longues marches journalières sont exténuantes.

François est certainement parmi les « 50 habitants de Châtillon, Thouars et lieux circonvoisins » qui arrivent à Saintes le 19 mars 1794 « chassés par les insurgés de la Vendée et pillés par les patriotes ». Ils « viennent pour demeurer ici jusqu’à nouvel ordre. On dit qu’on va les mettre à l’abbaye. Ce sont des patriotes, la Convention donne aux hommes et aux femmes 30 sols par jour pour vivre et 20 sols aux enfants. Il y en a qui ont pris des chambres en ville, les habitants de ce pays là sont fort lents, paresseux, sales et fainéants ; ils étaient en partie riches et à leur aise... ». Ce témoignage de l’avocat royaliste saintais Marillet de la Courboisière coïncide chronologiquement avec le passage de François Cousineau. L’arrivée de ces réfugiés à Saintes pose d’énormes problèmes à la municipalité. Où les loger ? Comment les nourrir ? « Tout ce monde diminue grandement notre petite quantité de subsistances, on leur donne une livre et demie de pain et une livre de viande par jour tandis que nous avons que trois quarts de très mauvais et que nous ne pouvons nous pro- curer de viande ». Ce nouveau témoignage de Marillet montre toute l’ambigüité qui existait entre le devoir moral et civique de secourir ces errants et en même temps la charge, parfois mal supportée, qu’ils représentaient pour les habitants. L’administration du Département décide donc de les disperser dans différentes communes de Charente inférieure. C’est ainsi que François, avec 20 autres réfugiés, part s`installer à Tonnay-Boutonne le 4 germinal an II (24 mars 1794). A leur arrivée, le Conseil municipal réquisitionne pour eux une maison « consistant en deux chambres basses et deux chambres hautes, une cuisine, une petite chambre au-dessus, une cour, une écurie » .

Deux mois plus tard, le 20 floréal an II (9 mai 1794), Madeleine rejoint son père avec un autre groupe de réfugiés. D’où vient-elle ? Est-elle accompagnée de Modeste et Emilie ? Elles ne sont pas inscrites sur les listes de réfugiés de Saumur, ni ailleurs. Madeleine apparaît seule mais étant l’aînée, son nom a pu cautionner celui de ses deux sœurs. Une partie de la famille semble donc se regrouper à Tonnay-Boutonne, retrouvailles de courte durée car les jeunes filles voient mourir leur père deux jours après leur arrivée, le 22 floréal an II (11 mai 1794). Il avait 46 ans. Huit jours plus tard, c’est au tour de Victoire, leur demi-sœur âgée de deux ans, de disparaître (24). Le 1er frimaire an III (21 novembre 1794), les sœurs Cousineau rejoignent Marans, la commune d’origine de leur mère.

Madeleine y épousera un autre réfugié de Thouars, Pierre Noël Chevalier, marchand épicier. Ils partiront s’installer dans cette ville. Plus tard séparée de son mari, elle ira rejoindre son frère François, à Saumur. Modeste la cadette, pendra le voile et entrera chez les sœurs de la Sagesse. Quant à Emilie, elle restera marandaise en se mariant avec Jean Pinet. Son fils aura une destinée tragique. Capitaine de navire marchand, il fera naufrage en 1810 sur le Don de Dieu. Ambroise dont nous avons perdu la trace entre Niort et Saintes ne semble pas être allé jusqu’à Marans. Par contre, il connaîtra un parcours singulier. D’apprenti sellier, il deviendra un négociant prospère de Lille où il se mariera. Quant à François et Mathurin, ils demeureront à Saumur, marchands comme l’était leur père.

La guerre a « décomposé›› la famille Cousineau comme beaucoup d’autres en « Vendée ». Elle a entraîné la disparition prématurée de trois de ses membres, le père et ses deux plus jeunes filles et la dispersion des autres à travers toute la région. Le malheur des temps aurait pu provoquer la séparation définitive des survivants. Au contraire, la lecture des actes d’état civil et notariés d’après guerre nous montre une famille en apparence très soudée qui a trouvé un nouveau pater familias en la personne du fils aine François, témoin au mariage de ses sœurs et « faisant tant pour lui que pour ses frères, sœurs, beaux frères et belles-sœurs » chez les notaires .

ooOoo

Au terme de cette étude, la faible quantité de grains récoltés et les règles de la discipline nous obligent à la modestie et nous forcent à reconnaître nos lacunes ; la moisson n’a pas été à la hauteur de notre enthousiasme. De nombreuses zones d’ombre restent à éclaircir. Résultat de recoupements d’indices épars qui nous ont mis en contact avec le passé, cet article nous a pourtant permis de reconstituer a posteriori, et partiellement, des trajectoires que seule la guerre peut générer. La famille Cousineau est bien représentative de cette population qui a fui pour survivre. Il nous a été donné de mesurer la détresse de ces gens déplacés qui, comme le disait le poète grec Euripide, ont connu l’une des plus grandes douleurs, celle de perdre leur terre natale.

Dominique et Guy-Marie Lenne

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