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Le monastère des Cordeliers

(aujourd’hui l’Hôtel de ville de Bressuire)

C’est vers 1820, que le Maire de l’époque Philippe Bagot ( 1803-1814 ; 1816-1822) décide d’acheter pour le compte de la ville de Bressuire, les ruines de l’ancien monastère des Cordeliers, monastère de Franciscains, dans l’intention d’y édifier l’hôtel de ville dont les services municipaux erraient depuis la Révolution. Un devis relatif à la construction des bâtiments qui abriteront la municipalité, une justice de paix, une halle, une école même est établi par l’architecte départemental. Les travaux commencent dès 1821 par l’abattage des pans de murs du monastère ; des colonnes du cloître et détruisent plusieurs sépultures seigneuriales de la famille de Beaumont dont celui de Mathurine d’Argenton, épouse de Jean V de Beaumont représentée gisante sur un tombeau remarquable, la tête couronnée de tresses reposant sur des coussins, les pieds appuyés sur deux lions qui soutenaient un écusson. Le manque de discernement de la municipalité fit également disparaître la trace de la dépouille de Pierre Thouraine seigneur des Barangeries de la Chapelle-Saint-Laurent. Il s’était distingué au cours de ses vingt deux ans passés au service de Louis XIV comme gendarme du roi ce qui lui valut ses lettres de noblesses. Mort en 1700, il fut enseveli aux Cordeliers.

Comme tous les établissements religieux de Bressuire, le monastère des Cordeliers doit sa fondation aux seigneurs de Bressuire (exception faite de l’église St Cyprien qui doit sa fondation au Vicomte de Thouars). Pendant la période de la guerre de Cent ans, en 1404, Jean V de Beaumont et son épouse décident avec la participation de leur neveu Guy, de fonder un lieu de sépulture près du monastère franciscain nouvellement crée par deux religieux : frère Jean Benoît et la future sainte Colette de Corbie. Pour cela, ils achètent une maison que les moines franciscains transformeront en église, à Jean Paganeau, écuyer, qui jouxte les bâtiments conventuels. Selon l’acte de donation du 3 juin 1405, la sépulture des fondateurs et de leurs descendants devra donc y être effectuée et des messes à leur intention devront y être célébrées pour le repos de leurs âmes, tous les jours. En outre, les religieux seront tenus de se rendre au château en procession le lendemain de la fête des trépassés et à l’Immaculée conception, pour célébrer une messe, dans l’église St Nicolas dans les mêmes intentions.

Le monastère des Cordeliers prospéra rapidement et s’était doté d’une riche bibliothèque. Celle-ci contenait notamment l’un des trois exemplaires de la Grande Encyclopédie dit « Spéculum universale » de Radulphus Ardens (Raoul Ardent) originaire de Beaulieu-sous-Bressuire, archidiacre de la cathédrale de Poitiers, théologien mais aussi philosophe de la première moitié du XIIème siècle.

Ce monastère jouera également un rôle important dans la vie publique locale puisque le 16 mars 1458, c’est dans ses murs que se sont réunis les notables des trois ordres de la ville en présence de leur seigneur, Jacques de Beaumont, chambellan de Louis XI. Ils lui consentiront la levée d’un nouvel impôt de 500 livres en 5 ans afin de réparer les murs de la ville et d’embellir son château qui va perdre son allure de forteresse refuge pour devenir le logis du seigneur.

Dans la seconde moitié du XVIème siècle, le monastère des Cordeliers a certainement souffert des guerres de religion comme le couvent voisin des religieuses de St François de Bressuire mais nous n’avons aucun renseignement. En 1733, ils ne sont plus que 6 ou 7 moines vivant pauvrement.

Par contre nous est parvenu un événement dramatique qui semblait annoncer le tragique destin du monastère au début de la Révolution française. En effet le 5 février 1790, alors que le prieur des Cordeliers Jacques Besson dînait en compagnie de l’ancien officier Pierre François de Feydeau, dans son château de la Coussaye à Terves, d’anciens domestiques congédiés par le châtelain les assassinèrent ainsi que Marie, la cuisinière. D’autres valets furent blessés. Pris et condamnés à mort les assassins furent exécutés à Bressuire l’année suivante.

Durant les années révolutionnaires de 1793-1794, la politique hostile aux ordres religieux fut fatale au monastère. Celui des Cordeliers devient une prison et l’église servait aux assemblées patriotiques. Le 14 mars 1794, Bressuire est livrée aux flammes lors du passage de la colonne de Grignon et si l’église Notre Dame semble avoir été épargné, le monastère des Cordeliers n’offre plus que des pans de murs calcinés. Les bâtiments sont alors mis en vente par l’administration le 28 frimaire an VIII. Le citoyen Huzé, avoué au tribunal en fait l’acquisition. Celui ci le revend à François Robouan juge de paix de Cerizay résidant à la Forêt sur Sèvre le 24 nivôse an XIII qui en restera propriétaire jusqu’en 1820 date à laquelle le Maire de Bressuire l’achète pour en faire l’hôtel de ville, faisant disparaître du même coup un des édifices les plus importants de la ville. Quelques colonnes du cloître vont servir de supports dans les caves de la Mairie pour soutenir les poutres maîtresses, un bénitier de granit ceint d’une cordelière tressée a été conservé à la cure. Une statue d’une vierge catalane aurait également échappée aux saccages et est aujourd’hui honorée sous le titre de « vierge miraculeuse » dans l’église Notre Dame. Cette église récupérera également l’horloge du monastère. Quand aux sépultures seigneuriales, les tombeaux auraient disparu ; brisés en morceaux et emportés comme reliques par les habitants.

Si le monastère des Cordeliers a disparu pierre par pierre pour laisser la place à l’actuelle Mairie, nous avons la chance d’en posséder un plan au sol établi en 1820 par Louis Bazin, secrétaire de Mairie. Le monastère s’étendait sensiblement sur l’emplacement actuel des bâtiments de la Mairie et la place des jets d’eau (autrefois les Halles de la ville). Il était délimité au nord par la rue des Hardilliers, à l’est par l’actuel rue des Cordeliers anciennement rue de la cure, au sud par la place de l’hôtel de ville. À l’ouest il n’était pas confronté à la rue Aristide Briand qui n’existait pas mais accolé à des maisons privées. On entrait dans la monastère par l’actuelle place des jets d’eau pour pénétrer dans une cour plantée d’arbres. Au fond et du coté droit, s’ordonnaient les bâtiments conventuels et le cloître. Ce dernier était soutenu par seize colonnes circulaires à chapiteaux très simples.

L’église de plan rectangulaire comportait une nef unique et un chevet plat. Elle s’étendait sur une partie de la surface occupée par la mairie. Le mur sud était percé de trois portes dont deux donnaient accès au cloître, la troisième à la sacristie. Deux autres portes dans le mur nord communiquaient avec deux chapelles funéraires. Un jardin s’étendait à l’arrière du monastère délimité par la rue des Cordeliers et des Hardilliers.

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